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LA MALICE DES HOMMES Auteur : Jean Pierre GUINGANE Metteur en scène : Sidiki BAKABA Galérie photos - Les réactions. Représentation tous les vendredis à 20h
- MISE EN SCENE : Sidiki BAKABA
- PRODUCTION : Ayala BAKABA
- DISTRIBUTION : Son Excellence : Mike DANON, Fassano : BEUGRE Djep, Ambassadeur : Olivier LEZIN, Le journaliste : SIDIBE Moussa, Zakar : LAGO Gilles, Georgette : Laurraine KOFFI, Massi : TAO Herman, Binta : Lucie YABRE et Fatoumata SOGODOGO, Un serviteur : CISSE Vadieneka, Azar : Gbessi ADJI, Personnages du bar : KANGA Agathe et Antoine MISSA - MUSIQUE : Mike DANON - SON : KOUASSI K. Narcisse - LUMIERE : Sam PAPES et Franck SERY - SCENOGRAPHIE : Sidiki BAKABA - COSTUMES : Fredy N. - PHOTOS : Seibou T. et GUERINEAU Pascal
Des décennies durant, sous l'empire du parti unique, nos pays ont été dirigés par des guides à l'image de Son Excellence. La force vitale qui anime cet homme procède du lion et de la panthère ; comme autrefois ces héros mythiques de l'Afrique ancienne. Son Excellence est une sorte de démiurge dont la naissance et l'avènement furent annoncés par les devins et les éléments cosmiques.
Les aurores de ses premières saisons furent comme les prolégomènes de tous les possibles humains. Il portait en lui toutes les espérances, les promesses de fécondité, de grandeur et d'élévation d'un peuple ou d'un continent, canalisées par le souffle de la spiritualité.
Mais lorsque comme « un tyran qui n'épargne personne »(*), l’amour, tel un dieu grec se jouant des destins humains, précipite celui qui n’est pas encore Son Excellence dans le vertige racinien des amours contrariés, impossibles et fatales, tout bascule. Il est épris de Marguerite, qui en aime un autre…
Pour la conquête de la femme aimée, il est prêt à marcher sur des cadavres. Et l'on est bien là sous les tropiques africains qui sonnent la valse des coups d’Etats.
Le surdoué devenu général d’armée, et non pas pontife, prend le pouvoir. Une dictature ubuesque et machiavélique s’installe. Elle est tenue en laisse par la Grande Rive, l’Occident, qui dicte ses volontés, au point d’imposer le multipartisme et la démocratie à la carte. Mais au-delà de ce rapport de domination, il y a tout un système obscur, occulte : une mafia constituée par les puissances qui tiennent le monde, appelée le Mouvement, et auquel l’on adhère comme à un pacte de vie et de mort. Son Excellence en est membre.
Défait à l’élection présidentielle par sa nièce Binta, contre laquelle il ne peut agir sans s’attirer le malheur, puisqu’elle est aussi d’essence totémique panthère, il opte pour une libération qui symbolise certes la fin d’un règne, mais aussi l’ouverture vers une ère nouvelle d’espérance pour son peuple. Son Excellence, « aurait pu être un grand homme » ainsi que le confesse Fassano le fidèle conseiller, après que celui-ci a décidé de tourner tragiquement la page.
La malice des hommes, du burkinabé Jean-Pierre GUINGANE, interpelle la conscience africaine, et plus encore celle des Ivoiriens, sur les tribulations infernales que vit l'Afrique noire à l'heure du passage à la démocratie vraie. Cette difficile parturition n'est ni un déterminisme ni un fatalisme. Pour y mettre un terme, elle nécessite l'éveil de notre responsabilité commune ; comme il n'appartiendra qu'à Binta seule d'accepter ou de ne pas accepter la carte de membre du Mouvement... De cela dépend le changement et la réelle alternative démocratique.
Le choix esthétique de la mise en scène se situe dans la continuité de « C’est ça là même » et de « C’est quoi même ». Il y a d'une part la mise en lumière des détails et des subtilités du texte dramatique soutenu par le jeu des comédiens, et d'autre part la création d'images vivantes à partir de souvenirs et de situations décrites dans les dialogues ou suggérées simplement par la ponctuation. La dominance du noir et du blanc dans les décors et les costumes emprunte à la technique du flash back au cinéma, consistant souvent à passer de la couleur au noir et blanc, ou à créer un effet de brouillard pour évoquer des rêves ou des événements antérieurs. Aussi, l'option du noir et du blanc cristallise t-elle dans cette mise en scène l’image d’une Afrique noire qui s’accroche à un passé de souffrance. Au demeurant, pourra t-elle refuser encore longtemps d'assumer son développement et sa souveraineté, dans le respect des principes démocratiques et des droits humains ?
Sidiki BAKABA
(*) Corneille, Le Cid
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